Le ministère américain de la Défense lance Project Meridian, une étude de 120 jours chargée d'imaginer à quoi ressembleront les guerres de demain. Aux commandes, Elon Musk, Palmer Luckey, le créateur de l'Oculus Rift reconverti dans l'armement, et l'ancien élu Newt Gingrich. Trois hommes qui n'ont jamais porté l'uniforme, mais qui vendent déjà beaucoup de choses à l'armée américaine.
Une étude de 120 jours
Pete Hegseth, le ministre qui a rebaptisé son administration en ministère de la Guerre, a officialisé le projet cette semaine dans une lettre de mission au calendrier serré : les trois codirecteurs ont jusqu'au 28 janvier 2027 pour rendre leurs conclusions, sous la forme d'un rapport public accompagné d'une annexe classifiée. L'objectif est de cartographier l'évolution des conflits, de repérer les trous dans l'arsenal américain et de proposer des technologies à développer, tester et déployer pour conserver la supériorité militaire des États-Unis. La supervision revient à Emil Michael, le directeur technique du Pentagone, qui passera par une organisation partenaire dont le nom n'a pas été communiqué, avec en soutien une équipe d'universitaires et d'experts du secteur.
Juges et parties
Le casting fait quand même un peu tiquer. Elon Musk dirige SpaceX, qui lance les satellites militaires américains et exploite un réseau de communications dédié à la défense, alors que Palmer Luckey a fondé Anduril, qui fournit à l'armée des drones, des missiles longue portée et des avions de combat semi-autonomes. Les contrats des deux entreprises avec le Pentagone se chiffrent en milliards de dollars, et ce sont ces deux patrons qui vont maintenant recommander ce que l'armée doit acheter. Newt Gingrich, lui, n'a rien à vendre, mais l'ancien président de la Chambre des représentants ne connaît pas le terrain beaucoup mieux, lui dont le fait d'armes le plus récent est un doctorat honorifique décerné par l'Air University en 2025.
Des sous-sols à la Lune
La lettre de mission voit large, puisqu'elle couvre tous les futurs terrains d'affrontement, des profondeurs souterraines à la frontière cislunaire selon les termes du document, et cite l'intelligence artificielle, la robotique, les armes à énergie dirigée et les biotechnologies comme les domaines qui vont changer la façon de faire la guerre. Pour Elon Musk, c'est aussi un retour en grâce à Washington, un peu plus d'un an après sa brouille très publique avec Donald Trump et son départ du DOGE, cette commission chargée de tailler dans les dépenses fédérales. Le milliardaire retrouve du coup un rôle officiel auprès de l'administration, sans les contraintes d'un poste à plein temps.
On en dit quoi ?
Demander à deux industriels de l'armement de rédiger la liste de courses de leur principal client, il fallait oser. Personne ne conteste que SpaceX et Anduril savent livrer du matériel qui fonctionne, et c'est sans doute pour ça qu'ils sont là. Sauf que la lettre de mission ne prévoit aucun garde-fou visible sur les conflits d'intérêts, et qu'une partie des recommandations restera classifiée. Les contribuables américains paieront donc des armes choisies, en partie à huis clos, par ceux qui les fabriquent.