Rouler en électrique, c'est aussi échapper aux taxes sur les carburants, et l'État commence à faire ses comptes. Le Conseil des prélèvements obligatoires, adossé à la Cour des comptes, a passé en revue les pistes pour compenser le manque à gagner. La taxe au kilomètre en est plutôt affaiblie, et une vignette annuelle d'environ 95 euros, qui toucherait tous les automobilistes, sert de contre proposition.
Un trou fiscal qui se creuse d'année en année
Chaque plein d'essence ou de diesel rapporte à l'État via l'accise sur les énergies, l'ancienne TICPE, et chaque automobiliste qui passe à l'électrique sort mécaniquement de ce circuit. Dans son rapport sur l'avenir de la fiscalité de l'énergie publié début juin, le Conseil des prélèvements obligatoires reprend les projections du Trésor : entre 7 et 10 milliards d'euros de manque à gagner par an dès 2030, et entre 15 et 30 milliards à l'horizon 2050 sur l'accise sur les énergies. Le sujet n'a donc rien d'anecdotique, et la question n'est plus vraiment de savoir si les voitures électriques seront mises à contribution, mais quand et comment.
La taxe au kilomètre part avec de gros handicaps
La piste kilométrique, déjà retenue par le Royaume-Uni pour avril 2028 et en vigueur en Islande depuis 2024 avec un système déclaratif à environ 4 centimes du kilomètre, se heurte en France à plusieurs murs. Le droit européen encadre strictement ce type de prélèvement, et le cumul avec les péages des concessions autoroutières poserait un problème de double taxation, sans parler de l'acceptabilité politique, le souvenir de l'écotaxe n'étant jamais très loin. Le rapport détaille un exemple plus classique : une taxe annuelle de détention, une vignette donc, calculée sur la masse ou l'emprise au sol du véhicule, à environ 95 euros en moyenne. Et elle concernerait l'ensemble des voitures particulières des ménages, thermiques comprises, pas seulement les électriques. Rendement estimé : 3 milliards d'euros par an, soit à peine 10 % des pertes attendues en 2050.
Rien de décidé, et pas avant un moment
Précision importante, cette vignette ne figure dans aucune des sept recommandations formelles du rapport, elle n'est qu'une illustration chiffrée. Le Conseil juge qu'une hausse trop précoce de la taxation de l'électricité de recharge risquerait de casser une électrification que les pouvoirs publics cherchent à accélérer, et la repousse donc à plus tard, la mesure étant de toute façon complexe à mettre en place et fragile juridiquement. Aucun texte n'a été voté, aucun calendrier n'existe, et la recharge doit rester nettement moins chère qu'un plein pour que la bascule continue.
On en dit quoi ?
Les propriétaires de voitures électriques, dont je suis, peuvent souffler, mais pas trop longtemps. Une érosion fiscale qui pourrait atteindre 15 à 30 milliards par an en 2050 ne restera pas sans réponse, et le rapport dit les choses assez clairement : la contribution viendra, la seule inconnue est sa forme. La vignette évoquée toucherait d'ailleurs tous les automobilistes, thermiques compris, ce qui promet des débats sympatoches le moment venu.