Apple a récemment attaqué OpenAI en justice, pour détournement présumé de secrets industriels. Mais un grand absent a rapidement attiré l’attention : Jony Ive. Pourtant, l’ancien directeur du design d’Apple pilote aujourd’hui le développement des futurs produits matériels d’OpenAI via son studio LoveFrom. A priori, cette omission serait loin d’être un hasard.
Jony Ive, le grand oublié
La plainte déposée par Apple s’étend sur une quarantaine de pages, mais le nom de Jony Ive n’y apparaît... jamais ! Le document évoque seulement d’anciens dirigeants d’Apple sans même les identifier explicitement.
À l’inverse, Apple cible directement Tang Tan, ancien responsable de l’iPhone devenu directeur du matériel chez OpenAI. Elle l’accuse de tout, notamment d’avoir encouragé certains candidats au recrutement à contourner les règles de confidentialité d’Apple, en apportant des prototypes ou des appareils internes lors d’entretiens organisés par OpenAI.
Jony Ive, pourtant très impliqué dans le futur matériel d’OpenAI depuis le rachat de sa startup io Products pour environ 6,5 milliards de dollars, reste totalement absent du dossier.
telle une ombre
Selon Mark Gurman, cette absence s’expliquerait d’abord par un élément très simple : Apple ne disposerait d’aucune preuve montrant que Jony Ive a participé au recrutement d’anciens salariés ou au transfert d’informations confidentielles. L’ancien designer serait relativement éloigné des activités quotidiennes d’OpenAI, notamment en matière d’ingénierie ou de recrutement. Mais une autre raison, plus politique, aurait également pesé dans la balance.
L’une des principales explications pourrait tenir à la relation particulière entre Laurene Powell Jobs et Jony Ive. La veuve de Steve Jobs est une amie de longue date du designer britannique. Elle avait investi dans io Products avant son rachat par OpenAI et continue de soutenir les activités de LoveFrom.
Toujours selon Bloomberg, Cupertino aurait hésité à attaquer frontalement une personnalité aussi proche de Laurene Powell Jobs, qui conserve une influence importante auprès de la direction actuelle. Pour preuve, Mark Gurman cite notamment la dernière WWDC, où Laurene Powell Jobs occupait une place au premier rang aux côtés de Tim Cook et de John Ternus, un symbole fort de ses liens toujours étroits avec Apple.
Une question d'image aussi...
Apple aurait également eu intérêt à éviter un affrontement public avec celui qui reste l’un des visages les plus emblématiques de son histoire. Contrairement à Tang Tan, relativement méconnu du grand public, Jony Ive bénéficie encore d’une immense popularité auprès des passionnés d’Apple.
Le désigner nommément dans la plainte aurait pu retourner une partie de l’opinion contre Apple et donner l’impression que la procédure relevait davantage d’un règlement de comptes que de la protection de ses secrets industriels.
Qu’en penser ?
Cette affaire illustre surtout l’intensification de la guerre des talents entre Apple et OpenAI. Selon Bloomberg, plus de 400 anciens employés d’Apple travailleraient désormais pour OpenAI. La société de Sam Altman préparerait un ou plusieurs produits conçus avec l’expertise de Jony Ive et entend, à plus long terme, à proposer une nouvelle façon d’interagir avec l’intelligence artificielle, au point d’être présenté comme un concurrent potentiel de l’iPhone.
L’absence de Jony Ive dans cette procédure est probablement le détail le plus révélateur de toute l’affaire. Attaquer celui qui a façonné l’iMac, l’iPod, l’iPhone ou encore l’Apple Watch aurait inévitablement attiré l’attention bien au-delà du dossier judiciaire. En concentrant ses accusations sur Tang Tan, Apple évite de transformer cette bataille juridique en affrontement avec l’une des figures les plus respectées de son histoire, tout en laissant entendre que la rivalité avec OpenAI ne fait sans doute que commencer.