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Aide carburant : 100 euros pour trois millions de personnes, mais qui en a vraiment profité ?

Par Vincent Lautier - Publié le

Le gouvernement a doublé son aide carburant pour les travailleurs dits grands rouleurs, désormais fixée à 100 euros. Sauf que le dispositif est tellement encadré de conditions et de démarches en ligne qu'une grande partie des trois millions de personnes visées ne l'a tout simplement jamais réclamé. À la mi-juin, les deux tiers des ayants droit manquaient encore à l'appel.

Aide carburant : 100 euros pour trois millions de personnes, mais qui en a vraiment profité ?


Une aide doublée face à la hausse des prix



Tout part de la remontée des prix à la pompe, liée aux tensions au Moyen-Orient. Pour soulager les travailleurs modestes qui utilisent leur voiture personnelle pour bosser, l'exécutif a mis en place une indemnité carburant, d'abord à 50 euros, puis relevée à 100 euros par la ministre déléguée à l'Énergie Maud Bregeon. La période couverte a aussi été allongée et court maintenant d'avril à août, ce qui revient en gros à une ristourne de 20 centimes par litre pendant six mois. Sur le papier, près de trois millions de personnes peuvent y prétendre.

Aide carburant : 100 euros pour trois millions de personnes, mais qui en a vraiment profité ?


Un ciblage qui tourne à l'usine à gaz



Le souci, c'est la liste des cases à cocher. Il faut un revenu fiscal de référence sous les 16 880 euros par part, rouler soit plus de 30 kilomètres par jour entre le domicile et le travail, soit plus de 8 000 kilomètres par an, et posséder un véhicule thermique ou hybride non rechargeable. À cela s'ajoute une demande à faire uniquement en ligne, depuis l'espace personnel du site des impôts, avec un versement une dizaine de jours plus tard. Chaque condition écarte du monde, et le passage obligé par le formulaire numérique en décourage encore une partie.

Résultat, beaucoup passent à côté



À la mi-juin, l'administration comptait environ 898 000 demandes, dont 667 000 déjà mises en paiement, très loin des trois millions de bénéficiaires attendus. Le compteur a fini par remonter autour de 1,6 million de dossiers lancés, mais on reste, au mieux, sur à peine plus de la moitié de la cible, alors que la date limite était fixée à fin juillet. Autrement dit, une bonne partie de l'aide promise ne trouvera jamais preneur.

On en dit quoi ?



Créer une aide puis la verrouiller de conditions et la coincer derrière un formulaire en ligne, c'est la certitude qu'une partie de ceux qui en ont besoin ne verront jamais la couleur. Entre ceux qui ignorent le dispositif, ceux qui calent devant les démarches et ceux qui se croient à tort inéligibles, l'État économise surtout sur le dos des oubliés. Et ce n'est vraiment pas la première fois.