Robert Hallock, vice-président chez Intel, a accordé une interview à PC Games Hardware pour expliquer pourquoi les CPU maison se font distancer par les Ryzen X3D d'AMD en jeu. Sa thèse est simple : ce ne serait pas le matériel le problème, mais les jeux qui ne tireraient pas parti des architectures hybrides Intel. 10 à 30% de performances perdues selon lui.
Robert Hallock
Le hardware n'est pas vraiment le coupable
Hallock commence par défendre l'architecture hybride d'Intel, en attaquant le mythe selon lequel les E-cores plomberaient les performances en jeu. Selon ses chiffres, l'écart entre un CPU full P-cores et un CPU hybride moderne est d'environ 1%
Le vrai problème selon lui, c'est l'optimisation logicielle. Hallock affirme, sans trembler, qu'aucun jeu PC n'utilise aujourd'hui à fond le matériel sur lequel il tourne. Il y a dix ans, on travaillait sur des CPU à quatre cœurs quasiment tous identiques. Aujourd'hui, un Intel Core Ultra 7 270K Plus en a 24, et chaque génération apporte ses spécificités Intel pense donc que les développeurs laissent entre 10 et 30% de performances de côté à cause de ça.
Les jeux optimisent d'abord pour les consoles AMD
Hallock ne le dit pas frontalement, mais Intel avait déjà reconnu ce point au lancement des Core Ultra 200 Plus, avec un outil appelé Intel Binary Optimization Tool qui était censé corriger le déséquilibre. La logique est en fait assez simple, et vous allez tout de suite comprendre : la PS5 et la Xbox Series tournent toutes deux sous CPU AMD, donc quand un studio développe un jeu console-first et le porte sur PC, le code est déjà taillé pour les Zen.
Pour répondre, Intel mise sur un mix matériel-logiciel. Côté logiciel, Thread Director, Application Optimization et IBOT doivent combler les écarts, en tous cas sur le papier. Côté matériel, les Nova Lake qui arrivent embarqueront jusqu'à 288 Mo de cache L3.
La vraie réponse, c'est le cache
Là où la théorie d'Intel devient un peu limitée, c'est dans le diagnostic du retard sur AMD. Les Ryzen Zen 4 et Zen 5 standards ne dominent pas vraiment Intel en jeu, ils font jeu égal voire perdent face aux Core Ultra 200. Ce qui creuse l'écart, ce sont les modèles X3D équipés de la 3D V-Cache, ce gros bloc de mémoire empilé directement sur le die. AMD a en gros bien compris que les jeux PC sont mal optimisés, et a sorti une solution de force brute : si on ne peut pas demander aux développeurs d'optimiser, on leur jette du cache à profusion. C'est exactement ce que les futurs Nova Lake avec leurs 288 Mo de L3 vont faire. Bref, Intel reproche aux développeurs de mal optimiser, tout en reproduisant la même stratégie hardware qu'AMD pour s'en sortir.
On en dit quoi ?
Le constat de Hallock sur l'optimisation logicielle n'est pas complètement idiot en réalité, et il tape même là où ça fait mal pour beaucoup de jeux récents qui sortent dans un état assez moyen sur PC. Pointer la diversité matérielle et le manque de moyens des studios, c'est légitime, et le rappel que les consoles AMD orientent forcément le code, c'est clairement vrai.
Sauf que voilà, Intel fait le même genre de promesses au lancement de chaque génération, à chaque fois, et les patchs APO ou IBOT n'ont jamais transformé un Core Ultra 200 en tueur de Ryzen X3D. La preuve que le sujet n'est pas que logiciel, c'est qu'Intel s'apprête à sortir Nova Lake avec 288 Mo de cache L3, soit la même approche brute-force qu'AMD avec sa 3D V-Cache. Une approche assez pragmatique donc, qui montre que la question n'est pas si simple.