Voici un nouveau rebondissement dans l’enquête visant X. Convoqué hier à Paris dans le cadre d’investigations sur de possibles dérives de la plateforme, Elon Musk ne s’est... pas présenté. Mais pour autant cette absence n’interrompt pas la procédure judiciaire en cours.
Une absence qui ne bloque pas l’enquête
Le parquet de Paris a confirmé que le dirigeant de X ne s’était pas présenté à son audition libre, organisée dans le cadre d’une enquête ouverte début 2025. Cette procédure vise à déterminer si la plateforme respecte bien la législation française.
Mais pour la justice, cette absence ne change rien sur le fond. Le ministère public rappelle que la présence — ou non — des personnes convoquées ne constitue pas un obstacle à la poursuite des investigations. Elon Musk, tout comme l’ancienne dirigeante de X, Linda Yaccarino, est visé en tant que responsable de la plateforme au moment des faits.
Mais il ne risquait pas grand chose à ce stade en ne s'y rendant pas : en effet, l'audition libre est la décision prise par un officier de police judiciaire ou un fonctionnaire ayant des pouvoirs de police judiciaire d'entendre une personne. Cette dernière peut-être un suspect, mais aussi un témoin. Elle est libre de quitter les lieux où elle est auditionnée à tout moment.
Des accusations lourdes autour de contenus illicites
Pour rappel, l’enquête porte sur plusieurs soupçons sérieux. Parmi eux, une possible diffusion de contenus illicites, mais aussi l’utilisation de technologies d’intelligence artificielle pour générer des deepfakes d'individus, et ce, sans le moindre consentement.
Ces éléments illustrent une évolution majeure : la modération ne concerne plus uniquement les contenus publiés par les utilisateurs, mais aussi ceux générés automatiquement. Aussi la régulation des grandes plateformes numériques est de plus en plus scrutées par les autorités européennes. Depuis plusieurs mois, les autorités françaises multiplient les investigations visant les géants du numérique, qu’il s’agisse de messageries, de réseaux sociaux ou de plateformes de streaming.
Une tension croissante entre X et les autorités
La relation entre X et la justice française s’est nettement tendue. En février, les locaux parisiens de la plateforme ont fait l’objet d’une perquisition, vivement contestée par l’entreprise.
De son côté, Elon Musk dénonce régulièrement une procédure à motivation politique, soutenu de plus ou moins loin par Donald Trump. Sur X, il a publiquement critiqué les autorités françaises, alimentant un climat déjà tendu autour de cette affaire. Le soutien de certaines figures du secteur tech, comme Pavel Durov, illustre également les inquiétudes d’une partie de l’industrie face à ce type d’enquêtes.
L’affaire dépasse désormais le cadre français. Le parquet de Paris a indiqué avoir partagé certains éléments avec les autorités américaines et plusieurs juridictions européennes. Par ailleurs, d’autres enquêtes visant X sont en cours dans différents pays, signe que la pression s’intensifie autour de la plateforme.
Cette procédure illustre surtout le durcissement assumé de l’Europe face aux plateformes. Avec le Digital Services Act, Bruxelles impose désormais des règles contraignantes : modération renforcée, transparence sur les algorithmes et obligation de retirer rapidement les contenus illicites, sous peine de sanctions massives. La France ne fait ici qu’appliquer une ligne beaucoup plus large, portée à l’échelle européenne, où les autorités n’hésitent plus à s’attaquer frontalement aux géants du numérique. Une approche nettement plus offensive que celle observée aux États-Unis, et qui transforme progressivement l’UE en régulateur le plus dur du secteur.
Qu’en penser
Entre accusations graves, tensions politiques et coopération internationale, le dossier X illustre les défis croissants posés par la régulation des plateformes mondiales. Dans ce contexte, les décisions à venir pourraient avoir des répercussions bien au-delà du cas français, en redéfinissant les rapports de force entre États et géants du numérique.