Actualité

Société

Taxe sur les petits colis : Shein et Temu ont déjà trouvé la parade, Bercy contre-attaque

Par Vincent Lautier - Publié le

La taxe de 2 euros par catégorie d'articles sur les petits colis, en vigueur depuis le 1er mars, est déjà massivement contournée par Shein et Temu. Avions cargo déroutés vers la Belgique, entrepôt géant en Pologne : les plateformes chinoises n'ont eu besoin que de quelques jours pour s'adapter. Bercy a réagi avec un arrêté renforçant les pouvoirs de la douane.

Taxe sur les petits colis : Shein et Temu ont déjà trouvé la parade, Bercy contre-attaque


Des avions qui changent de destination



Depuis l'entrée en vigueur de la taxe, Shein et Temu ont tout simplement dévié leurs flux logistiques. Leurs avions cargo ne se posent plus à Roissy-Charles-de-Gaulle mais à Liège, Amsterdam ou en Pologne, et les colis sont ensuite acheminés par camion jusqu'en France. Le coût de ce détour ? Quelques centimes par produit. Shein a d'ailleurs ouvert fin 2025 un entrepôt géant à Wroclaw, en Pologne, pour stocker directement sur le sol européen. Le nombre de petits colis déclarés aux douanes françaises a chuté de 92 %. À Roissy, une cinquantaine de vols de fret ont disparu chaque semaine, un entrepôt de 10 000 m² tourne dans le vide, et Clevy Links, leader du dédouanement e-commerce en France, qui traitait 200 000 colis par jour, a vu son activité s'arrêter du jour au lendemain.

Taxe sur les petits colis : Shein et Temu ont déjà trouvé la parade, Bercy contre-attaque


70 % de produits non conformes



Le ministre du Commerce Serge Papin a dévoilé d'autres chiffres, assez parlants. Sur 700 références de produits contrôlées par la DGCCRF en un an, 70 % étaient non conformes et 45 % dangereuses pour la santé ou l'environnement. Les contrôles ont d'ailleurs été triplés par rapport à avant avril 2025. Le message du ministre est limpide : la non-conformité aux normes fait partie du modèle économique de ces plateformes.

Taxe sur les petits colis : Shein et Temu ont déjà trouvé la parade, Bercy contre-attaque


La douane peut désormais contrôler les colis dédouanés ailleurs



Par un arrêté signé le 23 mars, le gouvernement a étendu les pouvoirs des agents des douanes. Ils peuvent maintenant contrôler sur le sol français des colis déjà dédouanés dans un autre pays de l'Union européenne, que ce soit dans les entrepôts ou sur les routes. Et ce n'est pas fini : une taxe européenne de 3 euros par colis est prévue dès le 1er juillet, qui viendra s'ajouter aux 2 euros français. L'extension de cette taxe à l'ensemble de l'UE est programmée pour novembre.

On en dit quoi ?



C'est devenu une habitude. On vote une taxe pour freiner les géants chinois du e-commerce, et quelques jours plus tard le contournement est en place. Le problème de fond, c'est qu'une mesure nationale ne peut rien contre des entreprises qui opèrent à l'échelle européenne. Tant que Bruxelles ne bouge pas pour de bon, chaque initiative française reviendra à déplacer le problème d'un aéroport à un autre. Et pendant ce temps, ce sont les salariés de la logistique qui trinquent, pas Shein.