Le lanceur européen s'apprête à effectuer son tout premier vol commercial ce jeudi depuis Kourou. Au programme : 32 satellites de la constellation Amazon Leo à placer en orbite basse, et une configuration inédite avec quatre boosters.
Une Ariane 64 pour la première fois
Ce jeudi 12 février, entre 17 h 45 et 18 h 13 heure de Paris, Ariane 6 doit décoller du Centre Spatial Guyanais dans sa version la plus puissante. La mission VA267 est le premier vol de la configuration Ariane 64, équipée de quatre boosters P120C au lieu de deux. La poussée combinée atteint tout de même 1 500 tonnes au décollage, chaque booster développant 350 tonnes pendant environ deux minutes de combustion. Avec sa coiffe longue de 20 mètres, elle aussi utilisée pour la première fois, le lanceur peut emporter jusqu'à 20 tonnes en orbite basse.
Ainsi, la mission du jour consiste à déployer les 32 satellites Amazon Leo en 1 h 54, du décollage à la séparation finale, grâce aux trois rallumages successifs du moteur Vinci de l'étage supérieur. C'est le sixième vol d'Ariane 6, mais les précédents étaient tous institutionnels. On passe aux choses sérieuses.
Amazon a signé un contrat pour 18 lancements avec Arianespace. Ce n'est qu'une partie d'un plan bien plus large : en avril 2022, la société a réservé 83 vols répartis entre Arianespace, Blue Origin et ULA. L'objectif est de déployer une constellation de 3 236 satellites pour proposer un accès internet depuis l'orbite basse, en concurrence directe avec Starlink d'Elon Musk et OneWeb d'Eutelsat.
Pour l'instant, Amazon Leo compte près de 200 satellites en orbite. On est encore loin du compte, mais le rythme va s'accélérer. Côté retombées économiques, la contribution cumulée au PIB français est estimée à 1,38 milliard d'euros entre 2022 et 2029 selon Oxford Economics. Bref, Amazon finance une bonne partie de la montée en cadence du lanceur européen.
Arianespace accélère la cadence
Après quatre vols réussis consécutifs en 2025, Arianespace prévoit huit lancements en 2026 et vise une cadence de croisière de neuf tirs par an dès 2027. Ce 359e lancement opéré par la société est un cap. La fiabilité s'installe, la cadence monte, et les clients commerciaux sont là.
D'ailleurs, le fait qu'Amazon confie ses satellites à Ariane 6 plutôt qu'à un concurrent américain pour cette série de vols est un signal positif pour toute la filière spatiale européenne. L'Europe a mis du temps à faire voler son nouveau lanceur, mais elle commence à rattraper son retard.
On en dit quoi ?
Ce premier vol commercial d'Ariane 6 arrive au bon moment. Après des années de retard et de doutes sur la compétitivité européenne face à SpaceX, voir Amazon choisir Kourou pour ses satellites donne un peu d'air. Mais bon, il ne faut pas se raconter d'histoires non plus. SpaceX lance plusieurs fois par semaine, et Arianespace vise neuf tirs par an en rythme de croisière. Le rapport de force est toujours déséquilibré. L'autre vraie question, c'est de savoir si l'Europe arrivera à tenir cette cadence sur la durée tout en restant compétitive sur les prix.